Le sourire d'Eria s'effaça. Elle pensait depuis longtemps que les démons ne valaient pas la peine qu'on les déteste, mais comment expliquer cela à Jeliza-Rose ? Etait-ce normal qu'elle ne ressente rien par rapport à une race à laquelle personne ne peut rester indifférent ? Elle se retourna pour observer la salle. En y réfléchissant bien, il n'y avait aucun démon à part Rose dans cette salle et c'était toujours le cas. On ne les voyait jamais à l'Oeil du Chat et il y en avait vraiment peu dans cette ville. Les quelques démons qu'elle connaissait l'appréciaient et elle les considérait comme ses amis, en espérant que Jeliza-Rose voyait les choses de la même façon par rapport à elle. Elle finit par se tourner de nouveau vers JEliza-Rose et répondit, d'une voix différente de d'habitude :
"Je ne déteste pas les démons, c'est eux qui ne viennent pas vers moi."Elle finit d'un coup sa limonade, en se maudissant de ne pas avoir demandé une vodka à la place, ça lui aurait remis les idées en place.
"Quand tu regardes bien, vous êtes comme nous. Vous utilisez vos pouvoirs pour changer la destinée du monde, vous avez traversé la mort ou ne la connaîtrez jamais, vous faites partie des créatures les plus puissantes que la Terre puisse porter... Vous détester parce que vos pouvoirs sont maléfiques, c'est un peu reporter la haine qu'on a pour nous-même sur vous. Vous êtes un peu notre reflet dans la glace. Les anges qui n'ont rien à se reprocher ne détestent pas les démons."Le regard qu'elle posa sur Rose n'était pas pour autant froid et distant, contrairement à celui qu'elle posa ensuite sur son reflet dans le miroir du bar.
"Je n'aime pas me regarder en face, je préfère observer tes faiblesses à toi. C'est étrange mais c'est comme ça."Elle posa son verre dans l'évier du bar, près d'elle et s'appuya sur son coude, continuant de fixer son reflet. D'évoquer ce sujet la mettait dans un drôle d'état. D'habitude, elle contrôlait ses émotions, mais là, il fallait que ça sorte. Tout d'un coup, un bruit clair se fit entendre. Plusieurs clients sursautèrent mais pas Eria, toujours absorbée par son reflet défiguré par l'explosion du miroir.